Portrait supposé de Johann Gensfleisch zum Gutenberg. Il tient un poinçon et une matrice. La naissance de la typographie Eléments chronologiques Strasbourg a été promue par l’UNESCO au rang de capitale du Livre, ce qui, sans aucun doute, entraînera de nombreuses publications sur la vie de Gutenberg. Celui qui est actuellement considéré comme le père de l’imprimerie est familier aux Strasbourgeois. Mais peu d’entre eux savent qui il a réellement été, et à quoi sa vie a ressemblé. Dans les pages qui suivent, nous mettons les éléments chronologiques qui Iigurent dans les archives à la disposition des personnes désireuses de se lancer dans une recherche sur cette révolution technique. Elle complète une conférence donnée le 26 janvier 2024 à la Maison des Associations à Strasbourg.

Petite chronologie de Gutenberg Gutenberg à Mayence 1397 ou 1400: naissance de Johannes à Mayence. Il est baptisé à l’église Saint Christophe. Son père, Friele Gens@leisch (= Viande d’Oie !) appartient à l’aristocratie urbaine. Sa mère, Else Wirich, provient de la classe moyenne. 1428/29 : Crise entre patriciens et corporations d’artisans. Ces derniers prennent le pouvoir. Des patriciens s’exilent pour ne pas payer leurs impôts. Ils sont mis au ban. Gutenberg quitte Mayence, à env. 28 ans. 1430, 28 mars : L’archevêque de Le blason des Gensfleisch Mayence passe un traité de récon- (1461) ciliation entre les deux factions. Parmi les émigrés autorisés à revenir @igure Gutenberg. Mais ce dernier refuse d’en béné@icier, à la différence de son frère Friele. Mayence, dont les @inances vont mal, oublie de lui verser des rentes. Gutenberg se retrouve dans le besoin. 1430-1434: Un blanc dans la chronologie. La documentation ne permet pas de savoir où se trouve Gutenberg. Les années strasbourgeoises 1434, 14 mars : Première trace de présence à Strasbourg. Gutenberg pro@ite du passage à Strasbourg de Nicolas de Werstat, secrétaire de Mayence et chef du parti populaire au pouvoir, pour le faire arrêter et lui faire payer 310 @lorins de rentes qui lui sont dûs. Ils doivent être déposés chez son cousin Arnold Geldhuss. Gutenberg touche par ailleurs de son frère une rente annuelle de 12 @lorins. 1436 : L’orfèvre strasbourgeois Hans Dünne touche de Gutenberg près de 100 @lorins « rien que pour ce qui concerne l’imprimerie » (Das er…doby Gutemberg by den hundert gulden abe verdienet habe alleine das zu dem trucken gehöret).

Cette année, Gutenberg paie pour la première fois la taxe sur le vin. Il le fera jusqu’en 1444. 1437 : Gutenberg est cité devant l’of@icialité par Ennelin zum Iserne Thor pour promesse de mariage non tenue. On a cru qu’il a cédé, mais les sources fournissent suf@isamment de preuves du contraire. La même année, la municipalité populaire de Mayence s’effondre. Gutenberg reste cependant à Strasbourg. Par souci de ne pas interrompre un projet ? 1438 : Le pélerinage d’Aix doit se dérouler comme tous les 7 ans. Pour capter et conserver les effets magiques des reliques, les pélerins apportent des miroirs. Pour en fabriquer, Gutenberg s’associe avec une série de Strasbourgeois. Détail de l’exposition des reliques à Nuremberg, en 1487. Les pélerins sont tous munis de miroirs qu’ils portent à la main, sur leur chapeau ou au bout de leur canne… Les archives découvertes par Schoep@lin en 1759 dans le Pfennigthurm de Strasbourg permettent de reconstituer les étapes de cette entreprise. 1ère phase. Gutenberg s’occupe d’abord de polissage pierres précieuses avec le seul Andreas Dritzehn, en dehors de toute association. 2e phase. Il rencontre Hans Riffe de Lichtenau, et ils se lancent dans la fabrication de miroirs pour le pélerinage d’Aix. Ils sont rejoints par Andreas Dritzehn et Andreas Heilmann. Quatre personnes aussi différentes que possible. Gutenberg s’occupe des aspects juridiques, techniques et @inanciers. Ils apprennent que le pélerinage est repoussé à 1440. Heilmann et Dritzehn découvrent que Gutenberg travaille à d’autres projets techniques, qu’il tient

secrets. Ils demandent à connaître « tous ses arts et entreprises » (alle sin künste und afentur). 3 phase e Fin été 1438: Gutenberg rédige un nouveau projet, pour 5 ans (1443). 26 décembre 1438: Andreas Drizehn meurt de la peste alors que le contrat n’est pas encore signé. Son frère Jörg demande à entrer dans la société ou à toucher l’argent que son frère a investi en hypothéquant son bien. Gutenberg, avec raison, se mé@ie du caractère procédurier de Jörg, et tient à garder le secret des travaux. Les étapes dans le Iinancement de l’association 1439, 12 septembre : Il s’ensuit un procès. Le témoins s’efforcent de ne rien dire sur les aspects techniques. Mais le secret suinte de partout: c’est technique et métallique, il faut du plomb, il faut une presse. Il y a une pièce qu’on démonte en défaisant deux vis. 1441, 25 mars: Avec le chevalier Lütholdus de Ramstein, Gutenberg se porte garant pour l’écuyer Johann Karle, à qui le chapitre de Saint Thomas a prêté 100 livres à 5%. Rien à voir avec l’imprimerie, mais cela montre que Gutenberg est perçu comme solvable. La fabrication des miroirs a dû lui rapporter de l’argent. 1442, 17 novembre. Gutenberg sollicité au Chapitre Saint Thomas un prêt de 80 livres. L’imprimerie, apparemment, n’a pas encore rapporté.

1444, 22 janvier. Gutenberg est listé parmi de gens aptes à porter les armes. La ville est menacée par les « Armagnacs », des mercenaires que la @in de la Guerre de Cent Ans en France a laissés sans emploi. Il est mentionné pour la dernière fois comme payant une taxe sur le vin. 1444 - 1448: Silence des archives sur la localisation de Gutenberg. Automne 1444 - printemps 1445. Les Armagnacs sévissent autour de Strasbourg. Certains membres de l’équipe de Gutenberg s’illustrent dans les combats, mais pas de trace de Gutenberg lui-même. A-t-il déjà quittéla ville ? Les Armagnacs devant Strasbourg, buvant l’eau du Rhin. Leur apparition correspond à l’absence de Gutenberg dans les sources. Au loin, la cathédrale. La première tour est achevée depuis 1439. Une grue est déjà dressée pour commencer la suivante. Chronologiquement, l’aboutissement de ce chantier coincide avec celui de l’entreprise de Gutenberg…. 1445 : Un frère de Heilmann, Antoine, @inance un moulin à papier sur l’Aar. 1446 : procès entre Jörge et Claus Dritzehn à propos de l’héritage d’Andreas. Ils se réclament mutuellement des biens volés, dont des livres, une presse et des outils de taille (snytzelgezug). Apparemment, Gutenberg n’est plus là pour la revendiquer.

Gutenberg refait surface à Mayence 1447, novembre : apaisement des troubles politiques à Mayence. Gutenberg se fait représenter au tribunal échevinal de Francfort pour une créance, mais son domicile est inconnu. A Strasbourg, le 19 avril, Johann Mentelin de Sélestat, futur imprimeur, acquiert le droit de bourgeoisie. Il y est arrivé vers 1440. 1448, 17 octobre: Gutenberg emprunte auprès de son cousin Arnold Geldhuss zum Echzeler à Mayence, la somme de 150 gulden au taux de 8,5%. Son invention ne lui a pas, apparemment, rapporté. 1450 ? Entente avec Fust, qui lui prête 800 gulden à 6%. 1453-55: Un registre de rentes viagères payées par la ville de Strasbourg à des citoyens de Mayence ou Francfort comprend le nom de Gutenberg, pour une rente de 26 gulden par an. 1455, 12 mars. Sylvius Aeneas Picolomini, humaniste, écrit au cardinal Carvajal et lui rapporte avoir vu à la foire de Francfort des cahiers imprimés. Des bibles complètes (158 ou 180) seraient disponibles et déjà achetées d’avance. Des exemplaires ont été apportés à l’empereur.

La Bible à 42 lignes de Gutenberg (1454-55).

1455, 6 novembre : Acte notarial Helmasperger. Fin 1454, séparation Fust-Gutenberg après la réalisation de la Bible, objet de l’association. Gutenberg n’est pas là, mais certains de ses employés et domestiques téloignent: Berthold Ruppel de Hanau, Heinrich Kefer. Compositeur et imprimeur : Peter Schoeffer. Des destins se séparent 1457: Fust et Schoeffer impriment le Psautier de Mayence, qui ne porte plus que leurs seuls noms : per Joh(an)em Fust cive(m) Maguntinu(m) et Petrum Schoffer de Bernszheim. Anno d(omi)ni Millesimo CCCC LVII... 1458: Gutenberg ne paie plus les intérêts de ses emprunts, au chapitre Saint Thomas, ce qui entraine des poursuites contre lui. C’est peut-être l’origine de la tradition selon laquelle il serait mort dans la misère. A Strasbourg, début probable de l’activité de Mentelin. 1459: Deux chanoines de Mayence se disputent le trône épiscopal. La ville soutient Diether von Isenburg, mais ce dernier déplait à Pie II parce qu’il ne lui paie pas les sommes qu’il lui doit. 1461 : le pape l’excommunie et appelle à l’élection de l’autre candidat, Adolphe de Nassau. Les deux compétiteurs lèvent des troupes. Fust et Schoeffer restent prudents et impriment pour les deux partis. 1460: A Strasbourg, Mentelin sort sa Bible en 49 lignes, en latin. De 1460 à 1469, il va sortir 34 impressions de très belle qualité. 1460: A Mayence, Gutenberg sort une Summa grammaticalis, quae vocatur catholicon. Le colophon se lit, en traduction: « Ce livre n’a pas été produit à l’aide d’un roseau, d’un stylet ou d’une plume, mais grâce à la merveilleuse harmonie, proportion et mesure des patrices ( = poinçons) et des formes (= caractères ?) » (mira patronarum formarumque concordia). 1462: Fust et Schoeffer sortent leur Bible latine. 28 octobre: Adolphe de Nassau assiège la ville et la prend par surprise. 400 morts, 150 maisons détruites. L’imprimerie Fust - Schoeffer semble avoir arrêté de fonctionner au moins pendant 3 mois. Gutenberg perd sa maison et son imprimerie. Il est peut-être expulsé un temps. 1465: Adolphe de Nassau reçoit Gutenberg à sa résidence d’Eltwil et le promeut comme Hofmann, sans doute grâce au docteur Humery, anciennement négociateur entre les deux partis, et depuis rentré en grâce. Gutenberg est exempté d’impôts et touche des vêtements, du grain ( 2000

litres), du vin ( 2 foudres). Il ne paie pas d’octroi, n’est pas obligé de manger à la table de l’archevêque. Il est sous sa juridiction directe. Gutenberg apparaît sur la liste des membres de la confrérie du Chapitre Saint Victor de Mayence. A Strasbourg, Mentelin imprime Saint Augustin, 1466: Peter Schoeffer épouse la @ille de Fust. Son @ils Gratian va reprendre le métier d’imprimeur. A Strasbourg, Mentelin imprime la première Bible en allemand, 1468, 3 février: Gutenberg meurt. Il est inhumé dans un ancien couvent de Franciscains, mais sa tombe a disparu dans le bombardement de 1793. 26 février, le docteur Humery s’engage par écrit envers l’archevêque à ne pas vendre en-dehors de Mayence un certain matériel d’impression qu’il tient de Gutenberg « plusieurs formes, lettres, instruments, outils et autres ayant trait à l’ouvrage d’impression » ( ettliche formen, burchstaben, instrument, gezauwe und anders zum dem truckwerck gehorende). L’archevêque semble vouloir freiner la diffusion de la nouvelle technique. 24 mai: Peter Schoeffer @init d’imprimer les Institutions de Justinien. Dans le texte @inal, il dit que Mayence a donné naissance aux deux Johannes (Fust et Gu- Détail de la Bible de 49 lignes de tenberg), premiers imprimeurs, Mentelin (1466) qui furent dépassés par Peter Schoeffer. (genuit ambos urbs Maguntina Johannes, librorum insignes prothocaragmaticos, cum quibus optatum petrus venit ad poliandrum, cursu posterior introeundo prior) 1472: Mentelin imprime le Postilla super totam Bibliam, de Nicolas de Lyre 1473. Mentelin publie le Fortalitium Sidei.

Le chapitre Saint Thomas renonce aux 4 gulden toujours dûs par feu Gutenberg. 1478, 12 décembre. Mort de Mentelin. Il est inhumé à la cathédrale de Strasbourg. Petite bibliographie BECHTEL, Guy, Gutenberg et l’invention de l’invention de l’imprimerie, Fayard,

TWYMAN, Michael, L’imprimerie, Histoire et techniques, Lyon, 2007 BISCHOFF, Georges, Le siècle de Gutenberg, Nuée Bleue, 2018