… LES TRIBOQVES ARRIVENT Une exposition a lieu en ce moment au musée Archéologique de Strasbourg sous le titre : Brumath-­‐Brocomagus, capitale des Triboques. Mais qui étaient ces Triboques ? Les Triboques à l’époque romaine A l’époque romaine, le Bas-­‐Rhin actuel et le district allemand de l’Ortenau étaient occupés par un peuple, les Triboci, avec un chef-­‐lieu, Brocomagus, l’actuelle Brumath, qui fonctionnait à côté du grand camp militaire de Strasbourg. Le territoire des Triboques à l’époque impériale. Noter qu’il est à cheval sur les deux rives du Rhin, ce qui donne au camp de Strasbourg (Argentorate) une position centrale, alors que Brocomagus est décentré vers les Vosges. Les tiretés marquent l’ancien territoire – supposé -­ des Médiomatriques. On examinera plus loin les circonstances dans lesquelles Triboques et Médiomatriques ont été séparés (pointillés). Du point de vue administratif et politique, l’empire romain était une mosaïque

de cités. Ces unités politiques et administratives avaient chacune son territoire et un centre urbain dirigé par un conseil de notables et des magistrats. La vie sociale et politique se déroulait dans un cadre architectural que les élites locales s’efforçaient de copier sur le modèle romain, avec un forum, des temples, une basilique, parfois un théâtre, des thermes, un marché alimentaire. Ce cadre de la cité pouvait avoir des origines diverses. Dans le monde méditerranéen, en Grèce par exemple, les Romains avaient trouvé des cités, telles qu’Athènes ou Alexandrie. Il suffisait de les intégrer à l’empire en leur laissant quelques spécificités. Mais dans les régions où ce système était inexistant ou embryonnaire, par exemple en Gaule du nord, en Grande-­‐Bretagne ou aux confins du monde germanique, la meilleure solution était de partir d’une tribu, de lui donner un territoire, puis d’y construire une ville qui contrôlerait ce dernier et servirait de relais au pouvoir romain. Les Triboques relevaient de cette situation. Ils formaient au départ une peuplade parmi d’autres, que les Romains ont ensuite transformée, ou laissé se transformer en cité. Les Triboques entrent dans l’histoire Ils apparaissent dans notre région au moment de la conquête romaine. Voici dans quelles circonstances. Le 15 septembre 58 avant notre ère, Jules César, proconsul, s’apprête à af-­‐ fronter au pied des Vosges le chef germanique Arioviste. S’il parvient à le vaincre, il aura les mains libres pour conquérir la Gaule. César a laissé de cet événement un bref récit, dans lequel il énumère les tribus composant l’armée ennemie. Les Suèves, qui sont le peuple d’Arioviste, forment le noyau de cette armée ; viennent ensuite les Harudes du nord de l’Allemagne ; les Sédusiens ; les Marcomans, qui viennent de chasser de la Tchéquie actuelle les Boïens ; et enfin, les Némètes, les Vangions et nos Triboques (1). Le sort de la bataille se décide aux ailes, et la résistance des Barbares est telle qu’il faut engager la troisième ligne romaine. Arioviste quitte alors les lieux avec ses cavaliers, abandonnant sur place son infanterie. Cette dernière résistera pourtant jusqu’au bout avant de tenter de fuir à son tour, et de périr sous les glaives des Romains. Un historien allemand, Siegfried Gutenbrumer, a cependant suggéré de manière convaincante, qu’à la fin de cette journée tragique, César a laissé la vie sauve aux Triboques, aux Némètes et aux Vangions (2). L’histoire des Triboques est donc intimement liée à l’aventure d’Arioviste. Mais pour bien comprendre cet épisode, il convient de se rappeler ce qui se passe alors à l’échelle européenne. Depuis des siècles, les Celtes occupent une zone qui s’étend de l’Atlantique à l’Europe centrale. Mais dans les années 70 avant notre ère, les Germains, qui étaient installés dans le nord de l’Allemagne actuelle, se mettent à progresser aux dépens de ces Celtes.

Un certain Arioviste, chef d’une sous-­‐tribu des Suèves, a groupé autour de lui d’autres peuplades germaniques en manque de terres: les Marcomans, les Harudes et les Sédusiens (3). Tandis que les Marcomans expulsent les Boïens de Bohème (4), les Suèves eux-­‐mêmes s’installent dans la vallée du Neckar (5). Arioviste tourne alors les yeux vers le Danube, où il tisse des liens avec les Noriques, (6). Mais une occasion d’intervenir également à l’ouest du Rhin semble s’offrir, lorsque deux tribus gauloises, les Séquanes et les Eduens s’affrontent. Arioviste vient au secours des Séquanes, et les aide à vaincre la tribu adverse. Il obtient en paiement la Haute-­‐Alsace. L’événement est datable de 60, grâce à une lettre de Cicéron (7). La défaite des Eduens inquiète les Romains. Jules César, devenu consul en 59, espère modérer les ambitions d’Arioviste en lui attribuant les titres de « roi des Suèves » et d’Ami du Peuple Romain (8). Par cet accord aux termes ambigus, César espère cantonner Arioviste à l’est du Rhin (9). Mais le nouveau roi contourne ce traité en faisant passer 120 000 Germains sur la rive ouest du fleuve. Ces « Germains » comprennent trois tribus: les Vangions, les Némètes et nos Triboques (10). Face à cette menace, Séquanes et Eduens se réconcilient et tentent de faire face. Mais Arioviste les écrase à Magetobriga, ce qui lui permet de prendre pied dans le nord de la Gaule. (11). Jules César, qui avait lui aussi des visées sur cette zone, se décide alors à intervenir. Le prétexte lui est fourni par la migration des Helvètes, depuis la Suisse actuelle, en direction de l’ouest. Il les arrête près de Bibracte, les défait et les ramène en Helvétie. Il marche ensuite contre Arioviste, qu’il écrase au pied des Vosges (12). L’arrivée des Triboques sur la rive ouest du Rhin est donc clairement liée à la progression des Germains d’Arioviste. Mais où vivaient-­‐ils avant de passer le fleuve ? Les sources antiques qualifient les Vangions, les Némètes et les Triboques de Germani. On pourrait donc chercher leur berceau dans n’importe quelle région du nord de l’Allemagne. En fait, leur histoire est plus complexe, mais les sources antiques nous permettent de lui apporter un éclairage nouveau. Les Triboques pendant la Guerre des Gaules Au moment de l’arrivée de César dans ce qui sera plus tard l’Alsace, le nord de cette dernière était habité par les Médiomatriques, une tribu celtique dont le territoire s’étendait en écharpe de Metz jusqu’au Rhin et peut-­‐être au-­‐delà. Leur domaine a pu être délimité récemment par la méthode régressive. Leur principal centre se trouvait au Fossé des Pandours, près de Saverne (13). Au moment de l’affrontement avec Arioviste, César ne fait aucune mention de ces Médiomatriques, qui semblent se cantonner dans une prudente neutralité. Et pour cause ! Arioviste venait d’installer des populations d’outre-­‐Rhin en Haute-­‐ Alsace, jusque-­‐là tenue par les Séquanes, et les Triboques vivaient soit au nord de la Lauter, soit quasiment en Basse Alsace (14).

Le Rhin supérieur à la veille de la migration des Helvètes. Les limites tribales ont été retrouvées par la méthode régressive, ce qui ne signifie pas qu’on a ici exactement les frontières préromaines. Dessin P. Jacob. Mieux : selon César, Arioviste se déplace et campe librement dans cette partie orientale du territoire médiomatrique. Cela s’explique soit par un accord avec le chef suève, soit par la perte de facto de cette zone (15).

C’est au moment d’Alesia en 52, qu’on a à nouveau des échos des bords du Rhin. Vercingétorix demande alors de l’aide à toutes les tribus gauloises, et parmi elles figurent nos Médiomatriques. Les Triboques par contre, n’apparaissent pas dans la liste (16). Suivent plusieurs décennies de silence documentaire dans l’histoire des Triboques, avant qu’ils n’émergent, vers le changement d’ère, avec une esquisse de centre urbain – l’actuelle Brumath – et un territoire s’étendant sur la Basse Alsace. Un territoire qu’on a visiblement pris aux Médiomatriques. Pour bien comprendre cette période, il convient de se souvenir que la conquête de la Gaule ne s’est pas achevée en 52 avec la reddition de Vercingétorix. Le pays a encore connu des troubles intérieurs, aggravés par une mainmise croissante de Rome et accompagnée d’incursions suèves. Il y a donc toujours une menace germanique en Basse Alsace, jusqu’à ce que les Romains se décident à intervenir outre-­‐Rhin (17). Or, un des moyens pour faire face aux incursions a consisté à déplacer ou installer des populations locales. César avait pratiqué cette politique, après avoir battu les Helvètes en 58. Il avait réinstallé les Rauraques dans la zone bâloise, les Tulinges et les Latobices dans le Brisgau, et même les Boïens chez les Eduens. Le but était de constituer un cordon défensif face à Arioviste. Avec la persistance des incursions suèves bien après Alésia, Vipsanius Agrippa, un proche d’Auguste, recourut apparemment à la même méthode. On voit par exemple les Ubiens transférés de la rive droite du fleuve sur la rive gauche en 19 avant J.-­‐C. (18). L’installation des Triboques trouverait donc parfaitement sa place dans cette période mouvementée, entre la fin des opérations de César en Gaule et les expéditions romaines outre-­‐Rhin. Pour comprendre l’attitude de Rome face aux Triboques, il faut l’éclairer avec des exemples comparables, plus anciens. Le principe était le suivant : lorsqu’on réussissait à battre une peuplade que la topographie rendait insaisissable, on la déplaçait, on l’installait, on la surveillait, en attendant qu’elle donne des gages de ralliement et de soumission. Au 2e siècle avant notre ère, on a le cas des Ligures Baebiani, des montagnards qu’on déplace en Italie centrale chez les Taurasini. Avant de les installer, on a découpé et cadastré des terres à leur intention (19). De même, l’historien Appien nous montre en Espagne Sempronius Gracchus concluant des pactes avec des tribus indigènes et les installant sur des terres préalablement cadastrées (20). Enfin, les montagnards d’Asturie, après une résistance farouche à Rome, sont descendus de leurs montagnes, et installés en plaine pour pouvoir être surveillés (21). L’action de César, d’Auguste, de Vipsanius Agrippa s’inscrit donc dans une tradition. Dans le cas des Triboques, ce n’était pas une montagne qui les rendait insaisissables, mais le Rhin, au-­‐delà duquel ils auraient pu se replier. Or, que nous disent les sources antiques de leur cas spécifique ? Voici d’abord Strabon, d’époque augustéenne, énumérant du sud au nord les tribus riveraines du Rhin :

« Aux Helvètes succèdent sur les bords du Rhin les Séquanes et les Médiomatriques, chez qui est établi un peuple germanique, les Triboques, venus de l’autre rive du fleuve (peraiothen) où ils habitaient ( ek tès oikeias) » (22). La source suivante est Tacite : « Quant à la rive même du Rhin, elle est habitée par des peuples évidemment germains, les Vangions, les Triboques, les Némètes. Les Ubiens le sont aussi ; et, bien qu’ils aient mérité d'être colonie romaine, et aiment s'appeler Agrippiniens, du nom de leur fondateur, ils ne rougissent pas de cette origine. Ils (i.e. tous ces peuples) passèrent anciennement le Rhin, et, sur la preuve acquise de leur fidélité, ils furent placés au bord même du fleuve, pour qu’ils montent la garde et non pour être surveillés » (23). Résumons. Strabon, qui s’inspire d’une source pré-­‐augustéenne, nous apprend simplement que les Triboques ont passé le Rhin et qu’ils sont établis chez les Médiomatriques, qui semblent garder une propriété éminente sur la Basse d’Alsace. Tacite, lui, précise que les Triboques ont, dans un premier temps, traversé le fleuve, ont ensuite donné la preuve de leur fidélité à Rome, puis ont été installés (collocati) sur la rive-­‐même pour la garder. Il y a donc eu deux temps dans l’opération. Aucune source ne les montre regagnant la rive droite après la déroute d’Arioviste. A présent les pièces du puzzle trouvent leur place. Jadis Siegfried Gutenbrumer avait émis l’hypothèse qu’en 58, César avait laissé la vie sauve aux Vangions, aux Némètes et aux Triboques. S’il a raison, ils s’étaient donc remis entre les mains du proconsul, dans sa fides. Il n’y avait pas eu d’accord formel avec lui, mais un engagement de confiance réciproque. En quittant la région pour aller conquérir la Gaule, il laissait les Triboques en Basse Alsace, sur des terres appartenant théoriquement aux Médiomatriques, mais que ces derniers n’avaient plus les moyens de contrôler. En les installant là, César comblait cette dernière lacune, et laissait le long du Rhin un dispositif provisoire s’étendant de Bâle à Spire, avec un chapelet de peuplades installées ou réinstallées : Rauraques, Triboques, Némètes et Vangions. Les Triboques allaient-­‐ils rester loyaux pendant que le proconsul était occupé ailleurs ? La réponse est oui, puisqu’au moment d’Alesia, ils s’abstiennent d’envoyer du secours à Vercingétorix. Leurs voisins les Médiomatriques n’ont pas eu cette retenue, sans doute parce qu’ils voyaient là l’occasion de se débarrasser de ces voisins encombrants imposés par César. Aussi, lorsque César revient en Gaule pour distribuer sanctions et récompenses, les Médiomatriques pourraient avoir perdu la Basse Alsace au profit des Triboques. Il s’agissait pour César de punir les Médiomatriques, mais aussi de les couper de la rive du fleuve, en y installant un peuple qui avait fait preuve de loyauté.

Nous ne faisons ici que suivre S. Fichtl, qui place l’installation des Triboques chez les Médiomatriques après la défaite d’Arioviste. Il y aurait eu un accord entre les deux peuples avec l’aval de César. Les nouveaux arrivants auraient d’abord été placés sous la domination des Médiomatriques, dans une plaine du Rhin peu peuplée (24). Quel était le statut des Triboques dans un premier temps ? Tacite laisse entendre qu’il fallait les surveiller (ut custodirentur). Après Alesia, évidemment, c’était à eux de monter la garde (ut arcerentur) face à la déloyauté des Médiomatriques et aux menaces des Suèves. Selon S. Fichtl, les Triboques sont ensuite devenus une cité à la faveur de la réorganisation territoriale d’époque augustéenne. L’installation des Triboques, même immédiatement après la défaite d’Arioviste, a dû s’accompagner de la cadastration de terres, comme dans le cas des Ligures et des Astures. La conséquence immédiate a certainement été la modification du rapport de cette population à la terre, et donc de son organisation interne. On ne sait pas grand chose sur ses élites pour l’époque préromaine, à la différence des Médiomatriques. Le territoire et le chef-­lieu On connaît aujourd’hui, grâce à la méthode régressive, les limites du territoire triboque pour l’époque romaine. Il correspond en gros au Bas-­‐Rhin, auquel il faut ajouter le Kreis allemand de l’Ortenau. La prochaine étape de la transformation de cette peuplade en civitas a été le développement d’un chef-­‐lieu, Brocomagus, l’actuelle Brumath. Selon les données archéologiques les plus récentes, les premières traces d’occupation dateraient du début du règne d’Auguste, donc des années 30 avant notre ère. A cette époque, il y a probablement déjà un camp militaire (25) Le nom Brocomagus est clairement d’origine celtique. Magos avait le sens premier de « champ », mais a plus tard désigné un marché. Quant à broccos, c’est le blaireau. On pourrait être tenté d’y reconnaître le « champ aux blaireaux », et il s’agirait alors d’un simple lieu-­‐dit, qui se serait conservé dans le nom d’une ville. Cette situation est très rare en Gaule. Magus, tel qu’il est utilisé dans la toponymie gallo-­‐romaine, se réfère le plus souvent à un établissement humain. Rappelons Augustomagus, Caesaromagus, Juliomagus. L’élément broccos désignerait donc un homme, qui aurait été à l’origine de l’établissement (26). Ce nom Brocomagus est clairement d’origine celtique. Magos avait le sens premier de « champ », mais a plus tard désigné un marché. Quant à broccos, c’est le blaireau. On pourrait être tenté d’y reconnaître le « champ aux blaireaux », et il s’agirait alors d’un simple lieu-­‐dit, qui se serait conservé dans le nom d’une ville. Cette situation est très rare en Gaule. Magus, tel qu’il est utilisé dans la toponymie gallo-­‐romaine, se réfère le plus souvent à un établissement humain. Rappelons Augustomagus, Caesaromagus, Juliomagus. L’élément broccos désignerait donc un homme, qui aurait été à l’origine de l’établissement.

Je conseille un coup d’œil au Musée Archéologique de Strasbourg, sur le monument des Babulei, une famille d’origine gauloise, mais romanisée. Le fils s’appellait Tiberius Babuleius Garrulus, ce qui est très classique, mais son père portait encore son nom celtique latinisé, Brocus, « le blaireau » (27). A ceux que cela pourrait surprendre, rappelons que chez les Gaulois, on portait un nom unique. Dans les classes populaires c’était souvent un surnom, pittoresque, alors que les aristocrates se dotaient de noms plus flatteurs (28). Brocomagus, signifie donc « marché de Brocus ». Mais qui était ce Brocus ? Certainement pas un aristocrate indigène, auquel cas il aurait eu un nom plus élogieux. Alors un marchand indigène ? Brumath a une origine militaire. Elle s’est développée à partir d’un camp situé au carrefour de routes. Le casque de type Weiler découvert sur place fait penser à une aile de cavalerie. Notre Brocus pourrait donc avoir été un simple particulier qui aurait fait fortune par le commerce avec l’armée (29) Le tracé des voies romaines à Brocomagus. On distingue clairement (en jaune) les grands axes reliant les centres de la région, et sur lesquels s’appuie le lotissement des terres. Le quadrillage en rouge correspond au réseau des rues de la ville. Dans l’état actuel de la question, ce réseau doit son existence à la présence d’un camp. La photo aérienne a permis de localiser au sud de Brocomagus une série de camps d’exercice probablement installés par des détachements venus de Strasbourg.

Brocomagus a fini par devenir une « cité », mais avec quel statut ? Les Romains distinguaient des « colonies », dans lesquelles tout le monde était citoyen romain ; les « cités pérégrines », qui préexistaient, et qui conservaient leur législation locale. On sait que beaucoup d’agglomérations civiles nées près de camps militaires rêvaient de devenir de véritables cités, avec leur décor monumental et leur vie urbaine. Elles disposaient pour cela d’un atout, la présence de vétérans romains, qui étaient déjà des citoyens (30). Brocomagus pourrait avoir bénéficié de cet atout. Même si la cavalerie stationnée à proximité recrutait chez des non-­‐citoyens, ces derniers le devenaient après leur service. Mais avaient-­‐ils suffisamment de patriotisme romain et d’attachement au modèle urbain pour contribuer au développement d’une véritable cité ? Rome a pu en douter au moment de la révolte de Civilis, en 69 de notre ère. Ce Batave, déjà citoyen romain – il s’appelait Caius Iulius Civilis – soulève son peuple, et il trouve du soutien chez les Triboques, les Némètes et les Caracates des bords du Rhin. Au cours de cette guerre, on détruisit toutes les installations militaires, à l’exception de Vindonissa et de Mayence (31). Peut-­‐on ensuite imaginer Rome favorisant la promotion de Brocomagus ? Un autre handicap était sans doute le poids de l’autorité militaire, installée à Argentorate-­‐Strasbourg, et qui voyait d’un mauvais œil se développer une autorité civile. B. Schnitzler compare à ce propos la taille du faubourg civil de Koenigshoffen (60 ha) à celle, bien plus réduite, de Brumath (35 ha). Koenigshoffen a-­‐t-­‐elle freiné par sa concurrence, le développement de Brocomagus ? (32). De ce fait, le véritable centre du territoire triboque est resté le camp romain. En fait, le rapport entre Argentoratum et Brocomagus s’est probablement posé dès les débuts de la présence romaine. Qu’on considère la carte du territoire triboque reproduite plus haut. Il s’agit des limites d’époque romaine, avec le Kreis Ortenau. Dans ce cadre, Argentoratum s’impose comme centre, en tant que carrefour des routes, et lieu de passage sur le Rhin. Mais T. Feliu met en garde : ces limites ne sont pas nécessairement celles de l’époque préromaine. Si l’on fait abstraction du Kreis Ortenau, le centre de ce territoire est à Brocomagus. Brumath a-­‐t-­‐elle précédé Argentoratum, comme chef-­‐lieu tribal, avant la réorganisation du territoire sous Auguste ? Les Triboques, des Germains ou des Celtes ? Voilà un problème incontournable et combien épineux: l’identité des trois tribus jadis installées par Arioviste sur la rive gauche du Rhin. Les auteurs se sont longtemps acharnés à les qualifier de Germani, ce qu’on traduit généralement par « Germains ». Côté allemand, et dans un certain contexte politique, cela permettait de dire qu’il y avait déjà une présence « germanique » sur la rive ouest du Rhin (33). Il y avait à cela apparemment une bonne raison : les auteurs antiques qualifiaient effectivement les Vangions, les Némètes et les Triboques de « Germains » (34).

Cette vision des choses semblait aller de soi aussi longtemps qu’on ne disposait que des auteurs gréco-­‐latins. Le premier qui s’est rendu compte que quelque chose ne collait pas, est E. Linckenheld (35) Dans une petite publication de 1936, il commençait par calculer la population triboque installée en Basse-­‐ Comment faut-­il s’imaginer les Triboques ? Comme Alsace, puis se trouvait des Celtes (droite), ou des Germains (au fond) ? Derrière cette question anodine se sont longtemps devant un mystère : les cachés des enjeux politiques et culturels, en clair Triboques, réputés ger-­‐ l’appartenance de l’Alsace à la France ou à l’Al-­ mains et nombreux, lemagne, et localement l’identité alsacienne. Ces n’ont pas laissé un seul polémiques, bien que vidées de leur sens par la nom de personne dans recherche historique, ont malheureusement laissé l’épigraphie locale. Lin-­‐ des traces dans les esprits. Dessin P.Jacob. ckenheld ne trouva qu’une explication : ces Germains s’étaient « fondus » rapidement dans la population médiomatrique locale. Pour cela, il dut supposer que lesdits Médiomatriques étaient restés massivement en place. D’où des bizarreries : voilà une tribu qui a donné son nom à une civitas, mais qui disparaît sans laisser de trace en l’espace d’un siècle. Mieux, César lui a donné ce territoire comme récompense pour son attitude au moment d’Alesia. Va-­‐t-­‐il laisser en place les Médiomatriques à qui il confisque leur territoire ? Ce qui rendait Linckenheld perplexe, c’était l’épigraphie. Les noms individuels indigènes qui y apparaissent n’ont en effet rien de germanique. Au contraire, ils ont souvent des équivalents de l’autre côté des Vosges. Il en est de même des noms de leurs divinités. Pas de trace de Wotan, de Freya, de Thor; pas de trace d’un Sigimer ou d’une Thusnelda (36). Par ailleurs, sur les trois tribus qualifiées jadis de « germaines », deux ont des noms parfaitement celtiques. Le nom des Vangions pose encore problème, mais on sait maintenant que leur culture matérielle était celtique. Leur ville principale, l’actuelle Worms, s’appelait d’ailleurs Borbetomagus, « marché de la source » (37). Le nom le plus transparent est celui des Nemètes, qui est dérivé du celtique nemos, « ciel », ce qui fait d’eux des « divins » (38).

Venons-­‐en à nos Triboci. Du fait qu’on leur attribuait une origine germanique, on a longtemps recouru à l’étymologie drei Buchen, « les Trois Hêtres ». Puis le doute est venu et on a pensé à « d’au-­‐delà les monts » et à « très doux » (39). Ils tiraient en fait leur nom du celtique treb -­ « habitation» (40). Ils étaient donc « ceux qui vivent dans des maisons », en d’autres mots des sédentaires, par opposition aux semi-­‐nomades qu’étaient les Germains, et particulièrement ceux qui entouraient Arioviste, lequel disait d’ailleurs que ses hommes n’avaient pas couché sous un toit depuis 14 ans (41). S. Gutenbrumer avait raison lorsqu’il distinguait dans ses troupes des semi-­‐nomades (Wander-­ scharen) et d’autres, sédentarisées (angesiedelt). Les Triboques portaient déjà leur nom en 58. Ils étaient donc déjà effectivement des sédentaires outre-­‐Rhin. Il y a de fortes chances qu’ils aient à l’origine habité dans la vallée du Neckar, avant d’y être remplacés par les Suèves et déplacés sur la rive ouest du Rhin. Pierre Jacob Annexe Voici quelques noms de personnes celtiques attestés à l’époque romaine dans le Bas-­‐Rhin actuel. (…)aporix : « Chef de (..). Saverne, CIL, XIII, 11675. Rix signifiait à l’origine « roi », puis simplement « chef ». Atessas, génitif atessatis : « très ardent ». Brumath, CIL, XIII, 6013. Bela(t)tullus, Saverne, CIL, XIII, 11649. Belatulus, Saverne, CIL, XIII, 5993. Le nom a été mis en relation avec la mort et la renaissance, mais le sens reste obscur. Bellius. Strasbourg-­‐Koenigshoffen. De Bello : « fort, puissant ». Burrius, Betuloni filius, Trebocus miles… Dans une inscription trouvée à Ervace, en Croatie (CIL, III, 3164). Burrius, d’après X. Delamarre : « enflé, gros ». Betulo pourrait provenir de betu-­, « bouleau » ou « bitume de bouleau ». Calius, Molsheim, AE, 1969/70, 435. Celtique callios, « sabot ». Caliodubnus. Ibidem. Celtique dumnos, « profond, noir ». Faut-­‐il comprendre « sabot noir » ou « sabot profond » ? Camelus, « champion, servant ». Ehl, AE, 1976, 492. La forme courante est Camulos. Camulilia, « petite servante », Ehl, ILTG, 418 Cantinius, Koenigshoffen. Etymon : canto. « avec, ensemble ». Cidius, Saverne, CIL, XIII, 6001. Sens obscur, mais le nom n’est ni latin ni germanique. Cantocnatus, Saverne, CIL, XIII, 11652. Celtique : canto, « avec, ensemble » et gnatos « né ». Peut-­‐être « jumeau ». Caratus, ibidem. « aimé ». Celtique caros, « cher ». Caraddounus, Saverne, CIL, XIII, 11653. Décomposable en car-­ « aime » et ddounos , var. sounos, « sommeil, rêve ». Le sens général serait donc « qui aime rêver ». Carantilla, « la petite aimée », CIL, XIII, 5996 Carantillus, « le petit aimé », AE, 2000, 1069

Carantus, « l’aimé », Brumath, CIL, XIII, 6013 Caratacus, fils de Caratus, Saverne. AE, 1925, 37d ; CIL, XIII, 11669 ; AE, 1925, 37b. « celui de l’aimé ? » Cintussa et Cintusmus, fils de Laeto Catulini, « le premier ? »Saverne. CIL, XIII, 6002 . Cintussa signifie « première » ; cintusmus « le tout premier ». Cnatillus, fils de Cnatius et père de Mainnus. Diminutif de Gnatos, donc « fiston ». Curieusement, le nom du père est également dérivé de gnatos. Saverne, CIL, XIII, 11667. Coberatus, « chance de la victoire », Saverne, CIL, XIII, 11660 Cobnertus, « avec vigueur », père de Matutina, qui fait une dedicace à Medru. Brumath, CIL, XIII, 6017. Le nom se découpe en com, « avec », et nertus « force ». Conteddius, « le chaleureux ». Brumath, CIL, XIII, 6013. Cossatio, CIL, XIII, 6013. A rapprocher de Cossetio. Inscription de Reimbach. H , art. « Popausius, » p. 103. OLDER Dagomarus, père de Bella, Saverne, CIL, XIII, 5995. Dag-­ « bon » et maros « grand ». Divicianus « le vengeur », Niederbronn les Bains, ILTG, 437 ; Saverne, AE, 2000,

Divixta Macionis, Ehl, AE, 1976, 492 . Nom de femme, avec celui de son père. Divixta signifie « celle qui a été vengée ». Egalement à Ingwiller, CIL, XIII, 6022 ; Saverne, CIL, XIII, 6001. Divixtus : Koenigshoffen, « celui qui a été vengé ». Docnimarus, Haegen, AE, 2000, 1068. Maros, « grand », ne pose pas de problème, mais docni a donné lieu à des discussions. Son sens premier est « produire ». On a proposé « grand poème ». Egileios : « hérisson » (Igilos). Cf alld : Igel. Brumath. C’est typiquement un sobriquet utilisé comme nom. Ianussa : « juste », Koenigshoffen, mithraeum. Ioincorix « jeune roi ? » ou « chef de la jeunesse ? », Rheinzabern, AE, 1912, 282. Mattognatus : Koenigshoffen, mithraeum. « Né sous un bon jour ». On connaît un matugnatos, qu’on explique généralement par matu, « ours », ce qui donne le sens de « fils de l’ours ». Mais dans le calendrier celtique, on distinguait des jours fastes (matu) et néfastes (anmatu). Mattonius, nom d’un charcutier triboque, mort à Lyon. CIL, XIII, 2018. On a voulu lire M(arcus) Attonius, mais le nom a des parallèles dans le monde celtique. Voir H s.v. OLDER Maturix, « bon roi », Saverne, AE, 2000, 1069. Pippausus : Koenigshoffen, sanctuaire de Mithra, « cuisinier, boulanger ». Cf. Popausius. H , p. 1015. OLDER Sacurilla, Saverne, AE, 2000, 1069. Diminutif féminin de Sagurus, « chercheur, fouineur » Meddilus, « le petit jugement ? », « l’enfant légitime ? », Saverne, Finke, 142. Nemodlianus, Molsheim, AE, 1969/70, 435 Du celtique nemos, « ciel ». Le sens complet reste obscur. On a proposé « éclair rapide ». Sanuanus, « le tueur ? », Ehl, AE, 1976, 492.

Satullinus, Inscription de la Wasenbourg, au-­‐dessus de Niederbronn. CIL, XIII, 6054. Dérivé de sati, « richesse, abondance ». D , p. 267. ELAMARRE Sextocus, « le septième », Saverne, CIL, XIII, 6001. Suadullius, « le doux petit », Saverne, CIL, XIII, 11658 Teddillus, « le chaud petit », Brumath, CIL, XIII, 6013. Tocissa : Koenigshoffen: « archer ? » ; Cf. grec toxotes. Vassorix : sur un autel trouvé début du 19e siècle à Niederbetschdorf. Se décompose en uassos, « serviteur, soumis » et rix, à l’origine « roi », puis simplement « chef ». Venixamus, « le meilleur du clan ? », Saverne, Finke, 142. Sources : CIL = Corpus Inscriptionum Latinarum. AE = Année Epigraphique Notes (1) César, Guerre des Gaules, I, 51. (2) César a laissé la vie sauve aux Triboques, aux Némètes et aux Vangions G , Siegfried, « Ariovist und Cäsar », Rheinisches Museum für Philologie, UTENBRUMMER 96, 1953, p. 97-­‐100. Gutenbrumer est en contradiction avec Dion Cassius, dont la source anti-­‐césarienne Aelius Tubero, met en scène un carnage. (3) Marcomani, de mark, « frontière » (cf. « marche ») et mann, « homme ». Pour les autres : C , I, 51. Les Harudes étaient spécialisés dans les embuscades. ESAR (4) La Bohême tient son nom germanique Boihaemium de la présence ancienne des Boïens. Ils se joindront à la migration des Helvètes, puis seront accueillis sur le territoire des Eduens. C , Guerre des Gaules, I, 28 ; 31. ESAR (5) A l’époque impériale on trouve sur ses rives des Suèves Nicrètes (De Nicer, nom antique du fleuve). (6) César lui attribue deux épouses, une Suève et la sœur de Vocio, roi des Noriques. Un mariage politique, assurément. C , Guerre des Gaules, I, 53. ESAR (7) Eduens et Séquanes se disputaient les péages de la Saône. Comme ils disposaient de nombreux alliés, la guerre risquait de durer. Arioviste passe le Rhin avec 15 000 guerriers, et défait les Eduens, qui doivent livrer des otages. C , I, ESAR 31. C , Lettres à Atticus, 1, 19. ICERON (8) Le titre d’Ami du Peuple Romain laissait à Arioviste un allié son entière liberté, et avait la garantie que Rome ne l’attaquerait pas. L’avantage du titre de « roi des Suèves » reste obscur. Chez les Suèves, cette reconnaissance garantissait peut-­‐être Arioviste contre des compétiteurs. Quant à « roi des Germains », pour en comprendre la portée, il faudrait savoir le sens que les Romains donnaient à cette époque à Germanus. P.ê. englobait-­‐il toutes les tribus regroupées autour des Suèves. Techniquement, il signifierait « porteurs de javelot » (gher, variante de gaisa). (9) C’est une solution provisoire, César lui-­‐même ayant des visées sur la Gaule indépendante. Il existe un parallèle avec le traité de l’Ebre, entre Romains et Carthaginois.

(10) C , I, 31. Le passage des trois tribus ne peut se situer qu’à ce moment-­‐là. ESAR Les effectifs indiqués ne peuvent correspondre à une armée : c’est toute une population. (11) Localisation de Magetobriga n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante. C , I, 31. ESAR (12) Cette campagne de César contre les Helvètes est rapportée par lui en détail, I, 2 – 29. La campagne contre Arioviste est racontée en I, 30 -­‐ 54. (13) F , Clément, Leuques et Médiomatriques à la Tène moyenne et finale. ELIU Organisation sociale et territoriale de l’habitat dans les deux cités du nord-­est de la Gaule du IIIe au Ier siècle avant notre ère. (14) Ce serait l’origine de Tribunci, qu’on place près de Lauterbourg. A MMIEN M , XVI, 12. Sur la cession d’un tiers du territoire Séquane : C , I, 31. Sur ARCELLIN ESAR des installations de Germains : I, 32. Arioviste rappelle ses « établissements » en Gaule, en I, 44. (15) On localise généralement la bataille contre César très au sud. Arioviste a donc dû traverser le territoire médiomatrique. (16) C , VII, 75. ESAR (17) Sur cette période troublée, voir D C , LI (20), LI(21), LIII(22), ION ASSIUS LIV(11), LIV(19). Cet auteur, bien postérieur aux événements, reprend les écrits d’Aélius Tubéro, contemporain de César (18) H. G , « Des Eburons aux Agrippiniens. Aspects de la romanisation en ALSTERER Rhénanie », Cahiers du Centre Gustave Klotz, 1992, vol. III, n°3, p. 107-­‐121. (19) En Italie, on a le cas des Ligures Baebiani, installés plus au sud chez les Taurasini. L . XL, 38,7. Leurs terres leur étaient attribuées après avoir été IV découpées (agro dividendo dandoque). (20) A , Hisp. 43, PPIEN (21) F , II, 59-­‐60. LORUS (22) S , III, 4 , 3. TRABON (23) Tacite, 28 : Ipsam Rheni ripam haud dubie Germanorum populi colunt, Vangiones, Triboci, Nemetes. Ne Ubii quidem, quamquam Romana colonia esse meruerint, ac libentius Agripinenses conditoris sui nomine vocentur, origine erubescunt, transgressi olim et experimento fidei super ipsam Rheni ripam collocati ut arcerent, non ut custodirentur. Les deux lignes sur les Ubiens pourraient être une interpolation. (24) F , S. « Le Rhin supérieur et moyen du IIe siècle avant J.-­‐C., à la fin du Ier ICHTL siècle avant J.-­‐C., quelques réflexions historiques sur les questions de peuplement », Germania, 78, 2000, p. 21-­‐38. Le parallèle avec les Triboques est clair. (25) M.D. W , « Le réseau des voies de communication », in Brumath. ATON Brocomagus, p. 96 suiv. (26) X. D , art. « broccos », p. 90 ; art. « magos », p. 213. ELAMARRE (27) B. S , Cinq siècles de civilisation, p. 99. CHNITZLER (28) X. D relève quelques uns de ces noms pittoresques. Verbronara, ELAMARRE « gros seins » ; Cunopennos, « tête de chien » ; Deprosagios, « Cherche-­‐nourriture », etc. On en trouvera quelques exemples en annexe.

Les aristocrates s’appelaient plutôt Catamantaloedi « qui a en lui cent chemins » ou Vercingetorix, « chef suprême des guerriers » Ils foisonnent dans le texte de César. Par contre les noms populaires n’ont commencé à être connus qu’après que l’écriture latine se soit répandue en Gaule. (29) Une situation classique. A Argentoratum, un quartier civil s’était de même développé à l’ombre du camp. (30) Voir notre billet concernant le quartier civil de Strasbourg-­‐Koenigshoffen. (31) T , Histoires, I, 60. ACITE (32) B. S , « Brocomagus et Argentorate, des relations complexes », in : CHNITZLER Brumath. Brocomagus…, p. 83. (33) Il suffit, pour s’en convaincre d’ouvrir une ancienne édition de l’atlas historique Westermann : les établissements germaniques sur la rive ouest y sont délimités avec une étonnante précision. L’historiographie française n’était pas en reste. (34) Il ne faut pas oublier que ces auteurs avaient une position de géographes, pas nécessairement d’ethnologues. Le responsable de ce flou était César lui-­‐même, qui littéralement inventé la Gaule. Cf les travaux de C. Goudineau. Alors que Gallia désignait à l’origine la grande Celtique, il la cantonne entre Atlantique et Rhin, et « invente » du coup la Germanie. (35) Emile L , « La cité des Triboques », Annuaires de la Société INCKENHELD Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien, 1936, 36 p. (36) Voir en annexe, une liste non exhaustive de ces noms. On se reportera également avec fruit, à A.H , Alt-­Celtischer Sprachschatz, ouvrage déjà un peu OLDER daté, mais qui contient une liste impressionnante de noms celtiques. Voir art. « Triboci », p. 1942 suiv. (37) H , Ralph, « The Romanisation of the Civitas Vangionum », Bulletin of AEUSSLER the Institute of Archaeology, 15, 1993,(1994), p. 41-­‐104, (p. 42 suiv.). (38) X. D , Dictionnaire de la Langue Gauloise, art. « nemo(s) », p. 233 suiv. ELAMARRE (39). On trouve cette explication sous une forme romancée chez Louis S , CHNEEGANS Strassburger Münstersagen, St Gall, 1851, p. 1 suiv. Avant lui, F , Vaterländische RIESE Geschichte, T.I, , 1792 p. 21, Stg. Il reprend Osias Schade, Summum Argentoratense templum, Strasbourg, 1617, p. 3, qui s’appuyait sur Tacite. Ulrich O , BRECHT Alsaticarum rerum prodromus, Strasbourg, 1681, p. 1, fait venir les Triboques de la Celtique trans-­‐rhénane, ce qui est effectivement le cas ! A. Holder, art. « Triboci », découpe le nom en tre et boci : « au-­‐delà des monts ». (40) Il existe une variante Trebocus, dans une inscription trouvée à Evace, Croatie (CIL, III, 3164). L’oscillation treb/trib ne devrait pas poser de problème. Elle existe aussi pour Treviri/Triveri. X. D , art. « treb », p. 300. ELAMARRE (41) C , I, 36. Cf. aussi, chez les Volques, les Tectosagi, « ceux qui cherchent un ESAR toit ». Bibliographie : D Xavier, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, 2003. ELAMARRE F , Clément, Leuques et Médiomatriques à la Tène moyenne et finale. ELIU Organisation sociale et territoriale de l’habitat dans les deux cités du nord-­est de la

Gaule du IIIe au Ier siècle avant notre ère. Thèse pour obtenir le Grade de Docteur de l’Université Marc Bloch, Strasbourg, I. G , Siegfried, « Ariovist und Cäsar », Rheinisches Museum für Philologie, UTENBRUMMER 96, 1953, p. 97-­‐100 H , Ralph, « The Romanisation of the Civitas Vangionum », Bulletin of the AEUSSLER Institute of Archaeology, 15, 1993,(1994), p. 41-­‐104, (p. 42 suiv.). H , Alfred, Alt-­celtischer Sprachschatz, T. 2, Leipzig, 1904. OLDER L , Emile, « La cité des Triboques », Annuaires de la Société Historique, INCKENHELD Littéraire et Scientifique du Club Vosgien, 1936, 36 p. R Z , Muriel, La céramique de la Tène finale et du début de l’époque romaine OTH EHNER en Alsace, soutenue en 2000 S , Bernadette, Cinq siècles de civilisation romaine en Alsace, Strasbourg, CHNITZLER 1996. Brumath. Brocomagus, capitale de la cité des Triboques, dir. B. Schnitzler, 2015. Romains des villes, Romains des champs, Actes Sud, Coédition PAIR, 2014