Les remparts de Strasbourg au niveau de la porte des pêcheurs. Sebastian Münster, Cosmographia Universalis, 1544. A droite, le monde des Bürger. Devant les murs, le monde des maraîchers et des paysans Bourgeois et Paysans Petit album-photos vant la révolution industrielle, la masse des Alsaciens A vivait du travail de la terre. Les citadins ne représentaient qu’une minorité. Pourtant, les informations dont nous disposons sur les ruraux nous proviennent justement des villes. Dans les pages qui suivent, nous ferons un tour dans les représentations que les citadins avaient des villageois. On les trouve dans l’iconographie, dans les textes et dans la culture orale. Nous avons surtout pu nous appuyer sur des sources strasbourgeoises, mais des observations comparables pourraient être faites à Colmar, Mulhouse ou Haguenau. Avis aux amateurs. Entre les deux mondes, un mur Encore au XVIIIe siècle, les dictionnaires dé;inissaient une ville comme « un endroit entouré d’un rempart et remplis de maisons ». L’enceinte était en effet fondamentale. Elle garantissait la
sécurité des habitants et des biens, mais aussi un statut que le paysan n’avait pas, puis qu’il était dépendant de son seigneur. On comprend donc mieux ce dicton: Den Bürger von dem Bauer, Trennt nur eine Mauer. Entre le bourgeois et le paysan, Il n’y a qu’un mur. Ce dicton rappelait la fragilité de trois choses: le mur, la franchise dont béné;iciait le Bürger et les représentations que l’Alsacien des villes avait de l’Alsacien des champs. La Mauer en question était, concrètement, un ouvrage maçonné précédé d’un fossé. On savait qu’il s’agissait d’un rempart lorsqu’un cavalier sur sa monture ne pouvait plus en toucher le sommet de sa main. Et le fossé en était un lorsqu’il fallait en extraire la terre en deux étapes. Ce rempart était précédé d’une Meile marquant la limite juridique de la ville. Tout bourgeois qui en était banni et qu’on attrapait dans cette bande de terre, était noyé. Ce système avait son symétrique à la campagne. Le village était lui aussi entouré d’une « enceinte», beaucoup moins ambitieuse, moins visible et moins ef;icace, comprenant un fossé, le Dorfgraben et un clôture végétale, simple palissade, plessis ou haie d’épineux ( faun, Dorn, Hage). Ce dispositif séparait un intérieur d’un extérieur, empêchait l’intrusion de prédateurs, la divagation des animaux. Le Bauer qui vivait dans cet espace ne béné;iciait pas des franchises des Bürger. Le monde urbain et la campagne se savaient différents dans leurs statuts et leurs coutumes, mais ils se fréquentaient, simplement parce qu’ils étaient interdépendants. La ville tirait sa subsistance des campagnes environnantes auxquelles elle servait de débouché. Mais comment ses habitants voyaient-ils les villageois ?
L’ordre immuable des champs Dans notre recherche des représentations des campagnards, notre premier arrêt se trouve devant le portail de la cathédrale de Strasbourg. Là, de part et d’autre de l’entrée, des médaillons montrent d’une part les signes du zodiaque, d’autre part les travaux des champs et les moments marquants du calendrier. A chaque moment de l’activité agricole correspond un signe du zodiaque. Selon que le visiteur se positionne, il voit soit l’ordre du cosmos, soit celui qui règne ici-bas et qui est supposé en être le re;let. On assiste ainsi aux semailles, à la récolte, au battage, à la taille de la vigne, aux vendanges. Mais à côté de ces travaux agricoles, on a aussi le repas du Nouvel An, l’inactivité hivernale devant la cheminée, la chasse au faucon. Tous ces moments sont rythmés par les signes du zodiaque. Pourquoi n’a-t-on pas plutôt montré des artisans au travail ? Parce que le paysan dépend des grands rythmes de l’année. Sa vie est le re;let de l’ordre voulu par Dieu. Quelques scènes de paysans au travail. Portail droit,
C’est la seule représentation du monde rural qu’on a sur la cathédrale. Les autres absents sont les artisans. Le peuple de la ville apparaît sur la frise moralisante de la façade sud, mais sous un jour peu ;latteur: juif entraîné dans les enfers; musiciens de rue; joueurs de dés. Le campagnard vient en ville Les habitants de la ville et des campagnes se rencontraient pourtant, sur les marchés spécialisés, comme le Marché aux Chevaux (Place Broglie), le Marché aux Céréales (Grandes Arcades), l’embarcadère de l’Ancienne Douane, ou les abords de la Cathédrale (Fronhof ). Commençons par ce cadre. Quelques gros plans de cette vie grouillante ont été conservées, pour l’essentiel par les graveurs et dessinateurs des XVIe/XVIIe siècles. Pensons à la Chronique de Staedel, ou les gravures de Wenzel Hollar du début du XVIIe siècle. A gauche, vu depuis les Grandes Arcades, le marc h é a u x b l é s (Kornmarkt), avec les paysans en attente d’un client, les sacs appuyés contre les barrières… Sur ces marchés, on rencontre aussi bien les céréaliers du Kochersberg, les vignerons, les éleveurs que les maraîchers des faubourgs, essentiellement des femmes. Cette dernière population est à cheval entre l’intérieur et l’extérieur des remparts. Pour les
Le débarcadère de l’Ancienne Douane, avec sa grue, où on rencontrait les négociants en vins, les bateliers et les vignerons. citadins, ils sont quelque chose comme des demi- campagnards, avec des moeurs un peu rustaudes… Ici, devant la cathédrale, les évents et plus loin, les paysannes assises par terre, avec leurs produits devant elles. La Place du Château s’appelait Obstmarkt, « marché aux fruits ». L’iconographie nous a conservé peu de détails de ces marchés. On a pourtant des représentations individualisées de ces paysans, de ces jardiniers, vus par les peintres et les graveurs.
A gauche, maraîchère venue vendre de la volaille et des pots de terrine. A droite, une autre, sur son tabouret, proposant à une dame de la haute bourgeoisie toutes sortes de légumes. Au Marché aux Blés, voici un paysan (du Kochersberg ?) négociant avec un notable un sac de sa production, qu’il a amené avec sa charrette. Il porte le chapeau typique à deux plumes et la fameuse culotte à braguette…. Il arrive aussi que l’artiste capte le paysan dans son lieu de vie ou de travail. Commençons par le cadre villageois.
Le centre de Schiltigheim au XVII° s. Il faut rajouter à ce village-rue qui longe la terrasse alluviale, tout un monde de forêts primaires, de champs et de prés. Wol\isheim, à la \in du XVII° s. (W. Hollar). Le cadre a des chances de re\léter la réalité. On est encore loin de l’idéalisation de la vie paysanne au XVIII°s.
Nous avons également peu d’images concrètes du maraîcher ou du paysan à son travail. D a n s c e t t e g r a v u r e d e Weiditz le Jeune (vers 1530), on voit un jardinier en pleine acti vité devant sa plate-bande… Les artistes semblent par contre intéressés par les scènes de vie sociale, entre autres les banquets, les consécrations d’églises, les foires, les costumes et les danses paysannes. Une scène de mariage au XVII° s. Le jeune homme, avec son chapeau typique et sa culotte provocante, conduit la ;iancée coiffée d’une couronne. Des musiciens jouent du violon et de la cornemuse.
Si l’on veut se faire une idée plus complète de la manière dont les milieux urbains voyaient la vie sociale des ruraux, il faut s’éloigner de l’Alsace, se pencher par exemple sur les gravures du livre d’Heures de Wolfegg, celles de Sebald Beham, ou de Georg Glockendon, de Nuremberg, vers 1500. Le piège, évidemment, serait de projeter sur l’Alsace, des représentations valables dans d’autres régions: le paysan querelleur et madré, prompt à la violence, qui a le goût de la fête, qui ne sait pas se tenir à table. La vie paysanne, vue par Georg Glockendon. Des scènes de danse, des jeux, des banquets et même des batailles rangées où l’on s’affronte à coup de coupechoux.
Dans cette iconographie, le Livre d’Heures de Wolfegg (Haute-Souabe) mérite une place particulière. Dans cette oeuvre de la ;in du XVe siècle, on trouve un dessin représentant un village dans ses rapports à la noblesse Un village et son château dans le Livre d’Heures de Wolfegg, \in du XV° s. Au premier plan, des nobles en promenade, qui viennent de découvrir du gibier. Le paysan qui poussait sa charrue arrête tout et se change pour participer à la battue. Noter le grillage percé et les animaux qui viennent dévaster les champs; les chevaux ef\lanqués; autour du village, la clôture mal entretenue; l’octroi pour la franchir et, autre source de revenu seigneuriale, le moulin; le cimetière, seul endroit vraiment défendu par un mur de pierre; en\in, au loin, le lieu d’exécution. Tout est à charge contre le sytème féodal, qui fonctionne aux dépens du monde paysan. locale. L’auteur, probablement un citadin, introduit une critique du système féodal. N’oublions pas qu’à cette époque, les campagnes connaissent les premiers soubressauts qui déboucherons sur la Guerre des
Paysans de 1525. On ne connaît pas de parallèle en Alsace. Un incroyable stock de sobriquets et de petites histoires Revenons en Alsace. Sur les rapports entre paysans et citadins, on n’a pas seulement des images, mais aussi, tirés de la vie quotidienne, des échanges de sobriquets et des anecdotes échangées de part et d’autre. Commençons par les surnoms Les paysans de l’Ackerland, à l’ouest de Strasbourg, étaient par exemple des Làtze, des « braguettes », en raison de la culotte provocante qu’ils ont longtemps portée, et qu’ils avaient sans doute héritée des lansquenets. Les habitants du Kochersberg et du Ried, étaient des Kärste ou des Kärsthanse, terme tiré de leur outil Les paysans au XVI° s. , d’après de travail, la houe, ou Sebald Beham encore des Spàtze ou des Dreckspàtze, « moineaux », « sales moineaux ». Collectivement, le paysan était un Bürehewwel « bâton de paysan » ou Büresàwel ou simplement Sàwel, « sabre de paysan ». Le campagnard portait, à défaut d’épée, un large coupechou qui pouvait lui aussi servir d’arme. Les jardiniers de Strasbourg, autres travailleurs de la terre, étaient des Krüttkepf, « têtes de chou », ou des
Krüttdorsche, « trognon de chou » et l’église Sainte Aurélie, où ils étaient paroissiens, était une Gàgummer, « un concombre ». Le sobriquet Krütbür, « paysan à choux » n’a pas encore disparu. Le paysan passait pour lourdaud, particulièrement celui du Kochersberg. En témoigne cette historiette attachée au pilier des Anges de la Cathédrale. Un de ces Béotiens vient voir le L’homme accoudé, en face chantier et s’interroge à du pilier du Jugement haute voix sur la solidité Dernier. de l’oeuvre, qui, pense-til, ne saurait soutenir longtemps la voûte. Le maître d’oeuvre, qui passait par là, l’entend, l’emmène dans son atelier et le condamne à regarder ce pilier jusqu’à ce qu’il s’écroule. Il le sculpte donc et le pose sur la balustrade de la cantoria. Depuis, les yeux ;ixés sur le pilier, il attend que la voûte s’effondre et mette ;in à sa longue veille. Jörg (Georges) Wickram est un Colmarien du XVIe siècle à qui l’on doit un Rollwagenbüchlein, un recueil d’historiettes qu’on lisait pour passer le temps dans un coche. Il fallait évidemment qu’elles soient intéressantes, drôles. Wickram y a donc mis en scène des personnages pittoresques. Parmi eux, on trouve le paysan. Dès la première histoire, on moque sa simplicité d’esprit, sa crédulité de catholique, son goût pour la dispute, parfois violente, et pour ses mensonges. Terminons par une anecdote, plus récente, illustre la survivance de cette imagerie. Aux ateliers de chemin de fer de Bischheim, il y avait des ouvriers venus des villages
du nord de la région, et que les travailleurs locaux considéraient comme des paysans. Lorsque le matin, ils débarquaient de leur autorail, on pouvait entendre des plaisanteries comme celle-ci: Es gibt Krey, Sy hànn gràd Saawel üssgelàde. « Il va y avoir la guerre, on vient de décharger des sabres…». Ce qui est incompréhensible si l’on ignore que « sabre » est le surnom du paysan Les paysans, les pêcheurs et les Rohraffen On pouvait passer du sobriquet à des affrontements plus virils. Les bagarres que décrivent des graveurs comme Sebald Beham ou Glockendon pouvaient également avoir lieu en ville. Les villageois qui avaient participé au chantier de la cathédrale et charrié des tonnes de grès, venaient à ce titre toucher auprès de l’Oeuvre Notre-Dame, une piécette. Lorsqu’ils entraient en ville, il y avait immanquablement une rencontre violente avec la corporation des pêcheurs, au point qu’il fallut changer le moment de leurs parades respectives. Lorsqu’ensuite, ils entraient dans la cathédrale, en procession et bannière en tête, ils étaient accueillis par le fameux Rohraffe, un personnage articulé ;lanquant l’orgue. Le Rohraffe à Cette imago rustica était censée côté de l’orgue représenter un campagnard (). Ce Rohraffe lançait aux paysans des chants et des plaisanteries graveleux, dont une seule a été conservée: Hütet den Seckel ! Ce qui signi;iait : « Surveillez votre escarcelle (il y a des pickpockets), mais aussi: Surveillez votre braguette ». Fine allusion à la culotte
provocante longtemps en usage, et que le lecteur aura remarquée plus haut sur l’image du mariage paysan. Rodolphe de Habsbourg Avec le Rohraffe, les paysans étaient confrontés aux lazzi d’un public populaire. Ils subissaient aussi, plus ou moins ouvertement, le mépris de l’aristocratie. En voici une illustration. Au XIIIe siècle, des seigneurs pillards sévissaient autour de Kaysersberg. Le landvogt Rodolphe de Habsbourg, qui guerroyait à l’époque pour monter sur le trône impérial, mit donc le siège devant leurs châteaux et s’en empara. Les habitants des bourgades le reçurent en triomphe, on banqueta, et certains des habitants devinrent familiers avec Rodolphe. Ce dernier leur octroya pourtant le titre de ville. Sur le chemin du retour, un de ses proches lui demanda pourquoi il avait accordé ce privilège. Sa réponse fut: Pour qu’on ne puisse dire que j’avais laissé un paysan me tutoyer… Le bon vieux mépris de classe… Quando En voici un autre exemple, qui met e n s c è n e d e u x membres de l’élite. Au XVe siècle, on considérait le château de Wasselonne comme inexpugnable. Il avait été donné en ;ief à un certain Walter vo n T h a n n . C e dernier, appuyé sur de nombreux
alliés locaux, causait de grands dommages à la ville de Strasbourg, incendiant ses villages, emmenant son bétail, dévalisant les voyageurs et capturant ses citoyens. Con;iant dans son château, il considérait les Strasbourgeois comme négligeables, feignait leur amitié et les humiliait autant qu’il le pouvait. Il parvenait pourtant toujours à s’en sortir. En 1448, alors qu’il était, une fois de plus en guerre contre Strasbourg, il se permit de venir en ville où l’amtmeister Jakob von Wurmser lui reprocha alors son manque de droiture. Le Seigneur chercha à s’excuser et promit de désormais montrer plus d’égards. Le magistrat lui répondit par la question : Quando ? (Quand ? ). Pour toute réponse, Von Thann se retourna, revint vers le magistrat, et s’écria : « Dieu me garde ! J’aurai donc vécu le jour où des paysans parlent en latin ! Faut-il qu’ils soient enragés ou fous ! ». En réponse à ces paroles méprisantes, le magistrat décida d’attaquer Wasselonne, qui ;init par tomber. Il en est d’ailleurs resté un dicton : C’est quando qui a coûté Wasselonne. L’amtmeister n’était certainement pas un paysan. Il faisait partie de l’aristocratie urbaine et il savait le latin. Von Thann le ravale donc au rang d’un paysan inculte, qui prétend maîtriser la langue du clergé. Un préjugé de classe que les deux protagonistes partageaient pourtant. Le paysan comme repoussoir Un des lieux où la Renaissance a pénétré à Strasbourg, a été le Gymnase, fondé en 1538 par Jean Sturm. C’était un hautlieu de l’Humanisme, où les diverses tendances du protestantisme cohabitaient: calvinistes, zwingliens, luthériens. Entrer au Gymnase équivalait à être coopté dans les sphères intellectuelles qui gravitant autour de l’aristocratie urbaine.
Le graveur Wenzel Hollar nous a laissé une série de vues de Strasbourg, et parmi elles, une scène de bizutage au Gymnase. On y voit siéger les autorités, et les impétrants subir une initiation . L’un est costumé en fou, l’autre en paysan, avec son chapeau typique orné de plumes, et accroché au cou, un chapelet catholique. Le maître de cérémonie va devoir « équarrir » et « raboter » l’un et l’autre. Au fou, il devra extraire sa « dent de la folie »; au paysan, il va devoir enlever des attributs de sa rusticité et de sa superstition. Il est clair que pour les Humanistes strasbourgeois, le paysan est un repoussoir, dont il fallait faire un Homme nouveau. A ce titre, il ;igurait aux côtés du fou et de la prostituée, deux autres marginaux. Scène de bizutage en présence des autorités du Déjà des gilets jaunes ? On peut se demander comment le monde rural réagissait à l’attitude surplombante des citadins.
Près de la Porte Blanche, dans le rempart de Strasbourg, on pouvait encore voir, au XIXe siècle, cette inscription: Gottes Barmherzigkeit, Der Pfaffen Grittigkeit, Und der Bauren Bosheit Ergründet niemand bey meinem Eyd Personne, je le jure, Ne saurait sonder la miséricorde de Dieu, La rapacité du clergé Et la méchanceté des paysans Le texte serait le souvenir d’une anecdote. Les paysans d’un village appartenant au chapitre Saint Thomas devaient voiturer en ville les dîmes des chanoines, leurs seigneurs, lesquels, à cette occasion, devaient leur donner de quoi se rafraichir. Le receveur du chapitre s’avisa un jour de refuser cette coutume. Les paysans se vengèrent et brûlèrent ce qui restait sur les champs. Une autre version veut qu’ils conduisirent comme de coutume, leurs denrées en ville; mais ayant passé la porte, ils déchargèrent les voitures dans la rue, faisant dire au receveur qu’ils avaient rempli leur obligation, il n’avait plus qu’à faire chercher les grains. De l’esprit rebelle du paysan, on a un témoignage plus ancien. Il provient de Colmar et remonte au XIVe s. 1303. « A la Circoncision du seigneur (1er janvier), les paysans de Wintzenheim, qui avaient fait un roi et treize grands of;iciers, parmi lesquels un dapifer, porteur de fruits, forcèrent ce roi et ses of;iciers à traverser en chemise , et sous le pont , l’eau qui est proche du moulin, voulant s’assurer s’ils méritait la dignité royale. Tous, à l’exception d’un seul, traversèrent gaiment le pont en compagnie du roi. Un autre résigna volontairement sa dignité, à cause de la bassesse de l’of;ice. Les jeunes gens se moquèrent de lui et se mirent à le pleurer avec de grands gémissements, comme un parent, sonnèrent les cloches des trépassés et annoncèrent qu’il était mort. Le lendemain, ils portèrent à l’église une bière où se trouvait un balai de bouleau en guise de mort, ils y ;irent des cérémonies funèbres, transportèrent la bière vers l’eau et l’y précipitèrent.
Les pauvres des divers villages ;irent ainsi plusieurs divertissements. Les uns ;irent un pape et des cardinaux; d’autres produisirent et ;irent voir en public, dans les rues et les places, des empereurs et des rois avec leurs of;iciers, etc ». Annales des Dominicains de Colmar, XIIIe/ XIVe s. L’esprit satirique, dont on trouve trace chez les chanteurs de rue en ville, existait donc aussi à la campagne. Il permettait de réagir sainement à la condescendance des élites. Nous n’avons ici qu’ef\leuré la question des rapports ville-campagne. L’époque de la Guerre des Paysans en offrirait certainement d’abondantes illustrations, mais ceci serait une autre histoire, comme disait Rudyard Kipling, et à chaque jour suf\it sa peine… Pierre Jacob denislaplume@gmail.com