Vue ancienne sur la Moselle depuis Sierck. Au fond, la colline du Stromberg. La roue de Contz Une étonnante tradition (I) C es quelques pages abordent un sujet plutôt déroutant, et dont on pourrait se demander s’il a sa place dans l’histoire alsacienne. Il s’agit d’une tradition qui a peut-être existé jadis dans notre région, mais qui n’est plus que faiblement détectable dans l’épaisseur des siècles. De sorte que pour l’étudier, nous devrons faire un large détour dans les régions voisines. La roue de Contz-les-Bains A quelques kilomètres au sud de la frontière luxembourgeoise, de part et d’autre de la Moselle, se trouvent les localités de Sierck-les- Bains et Contz-les-Bains. Du côté de cette dernière, la Moselle est dominée par l’imposant Stromberg, la « colline du Ileuve ».

A la Saint Jean, le 23 juin, les gens de Contz font descendre la colline à une roue en- Ilammée. Une grande perche lui sert d’axe, qui est guidée par deux rangées de participants. Si, une fois lancée, elle parvient dans la Mo-selle avant de s’éteindre, elle promet de bonnes récoltes. Précisons qu’il s’agit de la forme actuelle de la coutume (1). Voici comment le sous-préfet Armes de G.F. Teissier la décrivait en 1822: Contz les Bains « Le sommet du Stromberg forme un plateau étendu; la réunion y était nombreuse…. Remarquons bien qu’il n’y avait que des hommes; femmes et Iilles sont obligées de se tenir isolées à une grande distance, et nous les avions aperçues à mi-côté près de la fontaine de Burbach, attendant en groupes que la roue Ilamboyante passât près d’elles… Nous aperçûmes la roue mystérieuse. La paille est disposée avec solidité et de manière à faire disparaître entièrement la roue: l’on ne voit qu’un cylindre de paille pesant 4 à 500 livres dont le centre est traversé par une perche sortant de trois pieds de l’un et de l’autre côté: cette perche est le gouvernail que saisissent les deux conducteurs de la roue, ces deux guides sont les … seuls ministres de la fête. Tous les habitants ou chefs de famille, avertis préalablement , avaient fourni et porté sur le côteau une botte de paille; c’est un impôt que l’on acquitte sans contrainte; l’on verrait d’un mauvais oeil celui qui s’y refuserait; et les commères, si le récalcitrant perdait dans l’année un de ses enfants ou se cassait un bras, ne manqueraient pas d’attribuer le malheur au refus impie. Cette provision ne peut tout entière être employée à la roue. On fait du reste une multitude de petites bottes de paille, semblables à des torches, et que l’on peut tenir à la main. Peu de minutes après notre arrivée, les trois signaux d’usage furent donnés par ordre du maire de Sierck…Le maire de Sierck a hérité de cette prérogative , comme aussi du petit panier de cerises dont le maire de Kontz vient toujours appuyer sa prière, suivant l’usage antique et solennel. Une torche enIlammée est mise par le maire entre les mains de l’un de nous, chargé de l’honneur de mettre le feu à la roue. La Ilamme pétille et s’élève; dix torches s’unissent à la première pour allumer de touts parts l’énorme cylindre….Alors deux jeunes gens, vigoureux et lestes, désignés d’avance, saisissent les extrémités de la perche qui sert d’axe ou d’essieu, et dirigent la roue avec rapidité, en suivant le penchant du côteau. De grands cris s’élèvent. Chaque habitant tient à la main une manipule de

paille enIlammée; il brandit cette torche , il la lance en l’air; dès qu’elle est consumée, il la renouvelle aussi longtemps que roule, le long de la montagne, le cylindre de feu. Une partie des habitants suit la roue et jouit de l’embarras de ses guides, qui sont obligés d’éviter les cavités que présente le Ilanc de la montagne et qui ont pour but d’arriver jusqu’à la Moselle et d’y éteindre ce qui reste encore. Il est fort rare que l’on puisse y parvenir. Les vignes plantées jusqu’aux deux-tiers de la hauteur du Stromberg les arrêtent, et cet obstacle ne peut guère être surmonté. En 1822, les guides de la roue ont eu cette gloire; aussi la vendange a-t-elle été abondante dans un temps propice. Dans l’esprit de beaucoup d’habitants, l’heureux voyage de la roue en était le présage assuré…. Lorsque la roue passa près des femmes réunies à mi-côte, ces exilées la saluèrent de plusieurs salves de cris de joie, auxquels répondirent les hommes du sommet …Les habitants de Rustroff, ceux d’Apach, réunis en foule sur les côteaux qui dominent au nord de Sierck, l’un et l’autre village, servaient d’échos, par leurs bruyantes clameurs , à celles de la rive gauche. La foule qui encombrait le quai de Sierck, était plus silencieuse…Les uns prédisaient son heureuse arrivée (de la roue); d’autres, à chaque obstacle, annonçaient qu’elle n’irait pas plus loin… » (2). Retenons de cette description les éléments suivants, qui pourraient éclairer ce rite, lequel, autrement, relèverait du pur folklore. - La roue descend la pente et doit arriver enIlammée dans la Moselle. En cas de réussite, les vendanges seront bonnes. - La fourniture de la paille est une obligation collective. Cette participation au rite protège aussi du malheur. - L’organisation revient aux hommes. Les femmes « accueillent » la roue en contrebas. - Tous tiennent une gerbe de paille au bout d’une perche. Ils accompagnent la roue aussi longtemps qu’elle roule. Chaque fois qu’une torche est consumée, ils la lancent en l’air. L’amateur d’histoire d’Alsace peut objecter que cette coutume est unique dans son genre, et qu’elle n’a rien à voir avec notre région. En fait, c’est à ce genre d’événement qu’il faut s’intéresser, parce qu’il peut être une ultime survivance de quelque chose de plus vaste, qui pourrait éclairer notre propre histoire locale. Pour trouver des parallèles, il nous faudra établir des comparaisons, et c’est dans ce but que nous avons relevé tous ces points.

La roue de Contz dans sa version moderne. Source: France 3 Lorraine. On trouvera sur https:/ www.youtube.com/watch?v=-tOu5M-5oAU le déroulement actuel de la coutume, après sa remise en vogue dans les années 1950. Des parallèles dans le monde germanique La roue de Contz, aujourd’hui unique en France, a des parallèles en Allemagne, où on est bien plus attaché aux traditions que chez nous (3). Pour retrouver la genèse et la signiIication de cette pratique, il faut plonger dans le passé et lire les sources. Une étude d’un certain Friedrich Vogt, remontant à 1893, permet d’ouvrir une première piste (4). Vogt cite Johannes Boemus, un auteur originaire de Franconie, qui décrivait en 1520 des coutumes en vigueur chez lui au moment de Pâques: « Au même moment (à la Mi-Carême), on observe aussi la coutume suivante: une vieille roue en bois est recouverte de paille et amenée au sommet d’un relief par un grand rassemblement de jeunes.

Divers jeux (lusus) ont été célébrés par eux auparavant sur la pente, à moins d’empêchement par le froid. Vers le soir, on y met le feu, et ainsi enIlammée, elle roule depuis le sommet en direction de la vallée en contrebas. Il est clair qu’elle offre un spectacle supéIiant: beaucoup de gens qui n’y ont jamais assisté, croient voir le soleil ou la lune tomber du ciel » (5) . La ressemblance est frappante avec ce qui se passe à Contz et Sierck: une colline, une vallée, une roue enIlammée. La tradition a donc apparemment été respectée. Le lancement de la roue est précédé de « jeux » auxquels se livrent les jeunes, à moins qu’il ne fasse froid. Dans son enquête, Vogt retrouve ce rite dans plusieurs endroits dans le sud de l’aire culturelle germanique. Il en détecte dans l’Eifel, dans la vallée de la Lauter, dans le Rön et la zone alentour. Dans les cantons suisses, à son époque la coutume de la roue subsiste comme souvenir. Dans les terres du comte palatin de Deux-Ponts, elle a existé jusqu’en 1579, date de son interdiction. On la trouve en Souabe et à Eisenach (6). EnIin Trêves jusqu’en 1779 (7). Globalement, donc, la vallée du Rhin, la Souabe, la Bavière. Au total, Vogt a pu constater l’omniprésence de ce rite dans le monde germanique, mais en voie de disparition et d’oubli dans certains cas. Ce qui conforte l’idée que la roue de Contz est elle aussi une survivance de pratiques et de croyances dont on devrait trouver des traces ailleurs en France, et pourquoi pas, en Alsace. La roue et le soleil Il existe un lien entre la roue et le soleil. A Contz, le lancement a lieu actuellement à la Saint Jean (entendez: Saint Jean Baptiste), le 23 juin. On est près du solstice d’été, au moment où le soleil, après une ascension qui a commencé le 21 décembre, atteint le sommet de sa course et amorce son déclin. Visiblement, la descente sur la pente de la colline préIigure l’affaiblissement du soleil dans le ciel, et la réaction des spectateurs le conIirmerait. Pourtant, Boemus nous apprend que dans son village de Franconie, la roue était lancée à la mi-Carême (in medio Quadragesimae), pratiquement à l’équinoxe de printemps. Nous aurons à y revenir.

A plusieurs reprises, Vogt constate l’association de ce rite avec un autre, extrêmement riche en contenu. Voici ce que dit Boemus en 1520 à propos de son village de Franconie: « A la mi-Carême, moment où l’Eglise nous exhorte à la joie, la jeunesse de ma patrie couvre de foin une efIigie qui doit imiter par son aspect la mort elle-même. Elle est accrochée à une lance et amenée dans les cantons voisins au milieu des cris. La jeunesse est, chez certains, accueillie très aimablement et restaurée avec du lait, des petits pois, des poires sèches… avant de revenir à la maison. Auprès d’autres, elle ne reçoit aucune marque d’humanité: les jeunes sont repoussés par les armes et en plus couverts de honte, parce qu’ils sont perçus comme annonciateurs de malheur, par exemple la mort ». (8) Résumons: des jeunes gens porteurs d’une efIigie de la mort se présentent dans les villages voisins, où ils affrontent probalement d’autres jeunes dans des combats ritualisés, dans lesquels ils ont le dessous. Pour l’exécution de ce rite, ils sont aimablement restaurés par la population. Ce contenu rituel est cohérent avec la date: à la Mi-Carême, le soleil est en pleine ascension, la mort doit avoir le dessous (9). Vogt donne d’autres exemples Dans l’Eifel et dans la vallée de la Lauter, on faisait rouler la roue, en même temps qu’on brûlait au bout d’une perche un mannequin de paille. En 1579, le comte palatin de Deux-Ponts interdit Hagelfeuer und redderschieben, un feu destiné à empêcher la grêle, et le déplacement de la roue (10). A Eisenach, le brûlement d’un mannequin était tellement lié au rite de la roue, qu’on ligotait une poupée de paille censée représenter la mort, sur la roue avant de lancer cette dernière dans la pente. Dans ce cas, l’ensemble du rite devient cohérent: la descente de la roue et la défaite de la mort - ou de l’hiver - ne font qu’un. Mais Eisenach est-il assez représentatif pour qu’on en tire des conclusions ? Vogt signale des cas de feux non accompagnés par des lancers de roue. Il en vient à penser que sont là les rites originellement placés à l’équinoxe de printemps, alors que la roue étaient lancée en juin. La thèse est cohérente. On voit immédiatement le problème avec le roulage de la roue, que Boemus place au même moment (eodem tempore). Comment pourrait-il, au printemps, symboliser le déclin du Soleil ? Une première explication serait que le roulage de la roue a changé de date, au moins dans le village d’origine de Johannes Boemus. N’oublions pas que dans sa lutte contre les pratiques païennes, l’Eglise ne s’est jamais

gênée pour jouer sur le calendrier, et que des rites ont parfois été déplacés par leurs pratiquants eux-mêmes (11). Un parallèle en Gaule: la passion de Saint Vincent B. Vogt a montré que cette tradition est présente dans toute la zone rhénane, alémanique et bavaroise, mais il ne se hasarde pas à l’ouest, dans l’aire culturelle celtique et romaine. Un début de réponse se trouve dans un un texte sur la mort de Saint Vincent Martyr d’Agen, qui, sous Dioclétien, combattait les vieilles croyances païennes. Voici une cérémonie qu’il est censé avoir interrompue, ce qui a entrainé sa mort: « Jadis, sur le territoire de la cité d’Agen, la foule sacrilège des païens s’était rassemblée en vertu d’une tradition, aIin d’assister aux cérémonies non pas de la vraie religion, mais d’une fausse séduction. Et cela dans un temple consacré aux divinités …. On avait coutume de lancer avec force, par la porte du sanctuaire, quasiment au signal de la divinité qui y habitait, une roue enIlammée sur son pourtour, qui se déplaçait depuis le sommet de la colline jusque dans les profondeurs de la rivière voisine, en roulant à toute vitesse. De là, elle empruntait un détour jusqu’à l’emplacement du temple en crachant de trompeuses Ilammes » (12). Le cadre est apparemment le même qu’à Contz: une colline et une rivière coulant en contrebas, un temple en plus. Notons aussi que le martyre de Vincent d’Agen est placé le 9 du mois de juin, le mois du solstice. Le récit de la cérémonie n’est pas de première main, il a été popularisé pour lancer le culte du saint, des siècles plus tard (13). Par ailleurs dans ce scénario, la roue revient à son point de départ. La symbolique du cycle solaire est évidente. Le cas d’Agen est-il isolé ? Il semble qu’au XIXe siècle, dans le Poitou, on faisait parcourir la campagne par une roue enIlammée aIin de lui conférer de la fécondité (14). A Epinal, on trouve en 1526, une dame qui obtient l’exemption de fournir la paille et la roue « pour faire, comme on dit communément, la roue de fortune ». Du Haut de Laufremont, on lançait, comme à Contz, vers la Moselle, les « roues de fortune » Les habitants de Rupt montaient en grande cérémonie sur une montagne voisine et précipitaient dans la vallée une roue enIlammée pour Iigurer le soleil fertilisant les campagnes (15).

Une coutume celtique ? Ce qui fait supposer un fond celtique à l’affaire d’Agen, c’est que l’endroit où a été construite la basilique de Saint Vincent s’appelait Vernemetis, ce qui signiIiait en celtique « sanctuaire suprême » (16). Si l’on explore cette piste, on se retrouve face à une symbolique très riche de la roue sacrée. On connaît pour l’époque romaine une série de représentations de Jupiter tenant à la fois le foudre et une roue, ou la roue toute seule. Il y a longtemps qu’on y a reconnu un Taranis ou un Lug romanisé. Citons d’abord ce petit bronze trouvé à Châtelet-de Gourzon (Haute-Marne). Ce personnage d’aspect fruste brandit un foudre, qui permet de penser à une assimilation à Jupiter. Mais il porte accrochés à son épaule une série d’esses, comme autant de munitions. Et dans la main gauche, il tient une roue (17). Certains historiens pensent que pour les Celtes, la foudre est un fragment de lumière solaire, comme la roue en est une repré- Le bronze de Châtelet de Gourzon Les figurines de terre cuite de Moulins sentation. Pour d’autres, le foudre évoque l’éclair, tandis que la roue doit faire penser au bruit du tonnerre. Le nom de Taranis, a d’ailleurs ce sens (18).

On connaît aussi des Iigurines en terre cuite représentant des personnages, torse nu et en braies, portant des roues sur leur épaule, mais ne brandissant pas de foudre. S’agit-il d’êtres humains, et dans ce cas, sontils en train de participer à un rite, qui consisterait à lancer une roue ? Le rapprochement avec Contz est tentant. En fait, toute une série de tels personnages sculptés sont connus, qui brandissent un foudre tout en s’appuyant sur une roue, généralement de petite taille. Ainsi le Jupiter de Landouzy (Aisne), dont le socle porte l’inscription I(ovi) O(ptimo) M(aximo), « A Jupiter, le Meilleur et le plus Grand » (19). Egalement le « Taranis à l’enfant », un Jupiter appuyé sur une roue et accompagné d’un enfant qui pourrait être un Ganymède (20) . Ces sculptures ne renseignent guère sur la fonction du dieu à la roue ou sur le but des rites dont il fait éventuellement l’objet. La clé se trouve sans doute sur la mosaïque de Saint-Romain-en-Gal. On y voit une série de scènes illustrant la vie sur une domaine agricole (21). Or, une seule est religieuse. On y voit un homme et une femme poser des offrandes sur un autel devant une colonne couronnée d’une statue. Or, cette dernière brandit une torche et s’appuie sur une roue. A l’arrière-plan, un arbre au feuillage naissant. L’absence du foudre montre qu’il n’y a pas d’assimilation La mosaïque de Saint Romain-en-Gal à Jupiter, qu’il s’agit bien d ’ u n Ta r a n i s . L’ a s sociation du feu et de la roue nous ramènent à Contz, et l’arbre en train de faire des feuilles rappelle la fonction fécondatrice de ce dieu. Au total, le rite de la roue se retrouve aussi bien en Germanie qu’en Gaule. On ne peut donc plus y voir un héritage alémanique, francique ou baiovare: plutôt une coutume celtique qui aura, à l’est des Vosges, survécu à l’arrivée des Germains.

Et en Alsace ? Nous sommes partis d’une animation festive en Moselle thioise, avons fait un tour dans le sud de l’Allemagne, puis du côté de l’ancienne Gaule. Avec dans l’esprit ce qu’on connaît sur l’aire germanique et sur la Gaule romaine et chrétienne, revenons en Alsace et posons-nous à présent la question: ce rite existait-il jadis en Alsace ? F. Vogt, dans sa quête de la roue enIlammée, n’a rien trouvé dans la région. Pourtant, que cette coutume soit celtique, germanique, voire romaine, elle devrait y avoir laissé des traces, puisqu’elle a subi toutes ces inIluences. La récolte est hélas décevante, fragmentaire. L’idéal, ce serait la description d’un rite venant par exemple d’un missionnaire chrétien. En Allemagne, le lancement de la roue enIlammée a pu conserver sa signiIication pendant des siècles, avant que des folkloristes ne se saisissent de son message. Rien de tel n’a eu lieu en Alsace, en dehors de Stoeber et Schneegans. En l’absence d’une veritable Volkskunde, notre région fait Iigure de tache blanche sur la carte. Des roues enIlammées dévalaient peut-être des collines sousvosgiennes. Une seule chose est sûre: le temps a fait son oeuvre. Rome a récupéré les mythes locaux, puis le christianisme et la modernité se sont efforcés de détruire ce que l’un appelait de la superstition diabolique, l’autre, du folklore. La rareté des traces entre Vosges et Rhin ne peut s’expliquer que par une répression plus tenace des anciennes traditions. La roue enIlammée qui descend le Stromberg chaque année serait-elle donc un événement isolé, un vestige d’un monde englouti dont nous devinerions l’existence, sans plus parvenir à lire ses messages ? (A suivre) Pierre Jacob

Notes 1. Pour le déroulement actuel et les explications des organisateurs, voir la presse locale et internet. 2. G.F. Teissier, sous-préfet de Thionville,« Recherches sur la fête annuelle de la roue Ilamboyante à Basse-Kontz », Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires t.V, p. 383 et 387. C’est le témoignage le plus ancien et le plus précis que l’on ait. 3. F. PANZER, Bayerische Sagen und Bräuche, Beitrag zur deutschen Mythologie, 5, p. 544. Voir sur Wikipedia, art. « Feuerrad ». 4. F. VOGT, « Beiträge zur deutschen Volkskunde aus älteren Quellen », feitschrift des Vereins für Volkskunde, Berlin, 1893, p. 349- 372. 5. … Eodem tempore et talis mos observatur intexitur stramine vetus una lignea rota, atque a magno coetu juvenum in editiorem montem gestatur post varios lusus quos in illius vertice illi toto die, nisi frigus impediat, celebrant, circiter vesperam incenditur, et ita Olammans in subjectam vallem ab alto rotatur, stupendum certe spectaculum praebet, ut plerique qui prius non viderint Solem putent aut lunam coelo decidere. BOEMUS, Johannes Omnium gentium mores et ritus et leges, 1520 6. F. VOGT, p. 353 ; 359; 356. 7. La Terre Sainte, Journal des Lieux Saints, 1875, p. 474-475. 8. In medio quadragesimae, quo quidem tempore ad laetitiam nos ecclesia adhortatur, iuventus in patria mea ex stramine imaginem contexit, qua mortem ipsam (quemadmodum depingitur) imitetur : inde hasta suspensam in vicinos pagos vociferans portat. An aliquibus perhumane suscipitur et lacte, pisis, siccatisque pyris… refecta, domum remittitur: a caeteris, quia mala res (utputa mortis) praenuncia Oit, humanitatis nihil percepit: sed armis et ignominia etiam adfecta, a Oinibus repellitur. 9. Vogt signale aussi des acteurs costumés. Penser aussi aux benandanti étudiés par C. GINZBURG, Les batailles nocturnes: sorcellerie et rituels agraires (XVIe-XVIIe s.), 1980. A noter que ces combats rituels se passaient au début de chaque saison. 10. Signalons qu’à cette date, on vient de rentrer dans un petit Age Glaciaire et les grêles se multiplient. Elles déboucheront sur la chasse aux sorcières. On comprend qu’on allume des Hagelfeuer, des « feux contre la grêle ». Voir notre billet: « Diablerie et météo ». 11.Geiler, dans son Emeis, décrit les festivités qui saluaient le début de l’année, et qui se sont déplacées vers le Carnaval après que l’Eglise les ait interdites. 12.In Aginnensis quondam urbis territorio, … sacrilega paganorum turba solito more convenerat, ceremonias non verae religionis, sed falsae seductionis exercere in templo, diis suis consecrato. …Nam per eiusdem templi fores, quasi ad nutum alicuius inibi constituti numinis … rota Olammis circumsepta, solita erat prorumpere et a summo collis vertice in praeterOluentis amnis gurgitem, in praeceps deorsum propere devoluta, percurrere; rursusque a Olumine ad aedem templi devio rotatu , vana vomens incendia remeare. Acta Sanctorum Iunii, T.II, Anvers, 1698, p. 166. 13. M. de MAILLE, Vincent d’Agen et Saint Vincent de Saragosse: étude de la « Passio S. Vincentii Martyris », Melun, 1949. 14. Pour le Poitou, également en Bretagne: La Terre Sainte, 1875, p. 474. 15.A.FOURNIER, Vieilles coutumes, usages et traditions populaires des Vosges, 1891. 16. Sur la construction de la basilique par Léonce, évêque de Bordeaux: VENANTIUS FORTUNATUS, Poêmes, 1,9: Nomine Vernemetis voluit vocitare vetustas, quod quasi fanum ingens Gallica lingua refert. « Jadis, on voulut l’appeler Vernemetis, ce qui, en

langue gauloise a le sens de grand sanctuaire ». Sur la réinterprétation de l’épisode par le christianisme, L.DESCHAMPS, « De la roue à la croix », L’imaginaire religieux gréco-romain, p. 283-291. 17. Voir sur internet: Réunion des musées nationaux, Grand Palais. 18. R. LEFORT DES YLOUSES, « La roue, le swastika et la spirale comme symboles du tonnerre et de la foudre », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1949, 93-2, p. 152-155. D. GRICOURT, D. HOLLARD, « Taranis, le dieu celtique à la roue. remarques préalables », Dialogues d’histoire ancienne, 1990, 16-2, p. 275-320 (p. 286 suiv.) 19. M. DONDIN-PAYRE et alii, « Un saltuarius dévôt de Jupiter Optimus Maximus dans le Maconnais », Gallia, 2010, 67, (2), p. 69-98 (p. 76-77). Le socle de la statuette porte l’inscription I(ovi) O(ptimo) M(aximo). 20.N. de CHAISEMARTIN, « Le groupe de Taranis à l’enfant d’Eymet », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, année 2006, p. 162-173. 21. La découverte de la mosaïque remonte à 1891. Elle a été déposée au Musée d’Archéologie Nationale. Voici le commentaire pour ce tableau particulier : « C’est l’été. Le tableau ne montre pas les hommes au travail, mais en train d’accomplir un rite religieux, donc sans doute un jour chômé. Dans la campagne, une statue de dieu placée sur une colonne et un autel, à ses pieds, constituent un petit sanctuaire. Un homme et une femme font sans doute des offrandes à la divinité, pour s’attirer ses bonnes grâces. Le dieu est nu, il brandit de sa main droite la foudre, et tient, posé au sol, de sa main gauche, un objet qui pourrait être une roue. Il s’agirait donc d’une représentation de Taranis, dieu d’origine indigène représenté à l’époque galloromaine sous les traits d’un Jupiter à la roue. Dans tout ce qui nous est conservé de la mosaïque, cette scène serait la seule où transparaisse une inIluence locale. »